La finance islamique au Maroc : Quelles perspectives ?

Le Maroc dispose d’atouts considérables qui lui permettent de se positionner comme un pôle financier pouvant drainer des financements islamiques importants.
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Posté Le : Mardi 22 juin 2021

Il y a encore quelque temps, la finance islamique est un secteur méconnu de la finance mondiale. Aujourd’hui, la finance islamique connaît une forte progression depuis plusieurs années. De 2015 à 2019, le marché mondial du financement islamique a connu une croissance d’environ 19%. En 2017, le secteur a atteint 2440 milliards de dollars avec une domination des actifs bancaires de plus de 70%. Les principaux acteurs du secteur sont les pays du CCG, la Malaisie, l’Iran… avec une part de marché de plus de 80% du secteur au niveau mondial.

La croissance de ce marché est supportée par des politiques gouvernementales dans plusieurs pays. Ces politiques se marquent par une croissance forte et en expansion pour ces produits. Des pays comme le Maroc, la Tunisie, la Jordanie, l'Égypte, la Turquie et l'Algérie présentent en effet un potentiel de croissance remarquable, appuyé par l'essor des Investissements directs étrangers (IDE).

Le Maroc dispose d’atouts considérables qui lui permettent de se positionner comme un pôle financier pouvant drainer des financements islamiques conséquents. Introduite en 2007 par Bank Al-Maghrib, la finance islamique au Maroc s’est annoncée comme une nouvelle alternative viable en mesure de contribuer à une meilleure mobilisation de l’épargne locale, d’améliorer l’inclusion financière et économique de la population et d’attirer une nouvelle catégorie d’investisseurs dans le Royaume.

Les perspectives de la finance islamique au Maroc

L’islam repose sur des principes à la fois éthiques, moraux, sociaux, et religieux pour défendre l’égalité, l’équité et le bien-être de toute la société. L’islam incite à l’honnêteté, à la confiance, au respect de l’autrui et à la justice sociale. La finance islamique, elle, puise ses fondements des préceptes de la Charia et offre un modèle à la fois rentable et éthique. Le terme finance islamique recouvre ainsi l’ensemble des transactions et produits financiers conformes aux principes de la loi coranique, qui supposent l’interdiction de l’intérêt, de l’incertitude, de la spéculation, l’interdiction d’investir dans des secteurs considérés comme illicites (alcool, tabac, paris sur les jeux, etc.), ainsi que le respect du principe de partage des pertes et des profits.

La finance islamique s'appuie sur un modèle d'intermédiation bancaire à taux zéro. C'est par conséquent une finance dite libre d'intérêt. Elle nécessite en outre l'adossement de toutes les transactions à un actif tangible tout en étant fondée sur le partage des profits et des pertes. Elle regroupe toutes les techniques qui permettent de mettre des fonds à la disposition d'un agent économique pour répondre à ses besoins à court ou à long terme, sans violer l'interdiction absolue de recevoir une rémunération sous forme d'intérêts ni les autres principes fondamentaux édictés par le droit musulman.

L’introduction de la finance islamique au Maroc constitue une réelle opportunité de développement de l’activité bancaire marocaine étant donné la forte demande de tels produits émanant à la fois de la part de la population et des opérateurs. Elle constitue un relais de croissance de leur activité à l’égard du poids de la demande tant nationale qu’internationale, sa contribution à l’amélioration du niveau de bancarisation, et ses capacités à mobiliser de l’épargne qui leur échappe pour des raisons religieuses.

2007: Bank Al-Maghrib introduit la finance islamique au Maroc

La finance islamique au Maroc commençait à faire ses pas timidement en 2007. Bank Al-Maghrib a établi le cadre réglementaire des produits islamiques, la dénomination choisie pour ces produits était « produits alternatifs »: la Mourabaha, la Moucharaka et l’Ijara, des produits qui devraient permettre d'élargir la gamme de services bancaires et de contribuer à une meilleure bancarisation de l'économie.

Mourabaha est un contrat par lequel un établissement de crédit acquiert, à la demande d'un client, un bien meuble ou immeuble en vue de le lui revendre moyennant une marge bénéficiaire convenue d'avance, le règlement par le client se fait en un ou plusieurs versements, à une date ultérieure, ne dépassant pas 48 mois. L’établissement joue alors le rôle d’intermédiaire financier entre l’acheteur et le vendeur.

Pour ce qui est de Moucharaka, il s’agit d’un contrat ayant pour objet la prise de participation, par un établissement de crédit, dans le capital d'une société existante ou en création, en vue de réaliser un profit. Les deux parties participent aux pertes à hauteur de leur participation et aux profits selon un prorata prédéterminé.

Enfin, pour ce qui est de l’Ijara, il s’agit d’un contrat selon lequel un établissement de crédit met, à titre locatif, un bien meuble ou immeuble à la disposition d'un client. L’Ijara s’apparente à un crédit-bail ou contrat de location en finance classique.

2017: les premières banques islamiques ouvrent leurs portes

L’année 2017 marque un tournant majeur de la finance islamique au Maroc. En effet après de longues années d’attente, les premières banques islamiques ont finalement pu ouvrir leurs portes au Maroc et ont monté leur filiale islamique, après avoir obtenu leur agrément. Les banques marocaines ayant soumis leurs candidatures ont toutes reçu leurs agréments et la majorité se sont lancées en partenariat avec un leader international de la finance islamique. Baptisées banques « participatives », ils s’agissaient de Bank Al Tamwil wal Inmaa (BTI Bank), ASSAFA Bank, Umnia Bank, Bank Al Yousr et Al Akhdar Bank. À côté des banques participatives, trois banques conventionnelles ont également été autorisées à ouvrir des fenêtres participatives (guichets ou agences) pour présenter à leurs clients des services participatifs: Najmah du groupe BMCI, Arreda appartenant à Crédit du Maroc, et Dar Al-Amane, réseau d’agences créé par la Société Générale Maroc.

Depuis son lancement, la performance de la finance participative au Maroc affiche une progression à un rythme prometteur. Selon les chiffres de Bank Al-Maghrib en 2019, il existe 128 agences relevant des différentes banques participatives contre 100 agences en décembre 2018. Le même rythme de croissance a été enregistré pour les comptes à vue qui sont chiffrés à 78 497 contre 56 918 sur la même période. Concernant les dépôts à vue des banques et fenêtres participatives, 2,188 MMDH ont été enregistrées en septembre 2019 contre 1,546 MMDH à fin 2018 et les dépôts d’investissement ont atteint 163,3 MDH. Finalement et sur même période, les encours de financement Mourabaha des banques et fenêtres participatives ont atteint 7,83 MMDH contre 4,55 MMDH à fin 2018.