La fuite des cerveaux marocains : Quelles sont les principales causes ?

Les migrations internationales constituent un phénomène complexe et leur impact sur les pays d’origine et de destination engendre un intérêt croissant chez les décideurs politiques, les scientifiques et les institutions internationales. La pression migratoire a augmenté ces dernières années et devrait s’intensifier dans les prochaines décennies du fait de l’...
Source : cmconjoncture
Posté Le : Mercredi 18 Janvier 2023

Les migrations internationales constituent un phénomène complexe et leur impact sur les pays d’origine et de destination engendre un intérêt croissant chez les décideurs politiques, les scientifiques et les institutions internationales. La pression migratoire a augmenté ces dernières années et devrait s’intensifier dans les prochaines décennies du fait de l’accroissement des différences salariales et démographiques entre pays développés et pays en développement.

La fuite des cerveaux, également appelée fuite des talents ou exode des cerveaux, se produit lorsque des personnes très instruites et professionnellement formées migrent vers d'autres pays à la recherche d'opportunités. Depuis les années 60, le phénomène de la fuite des cerveaux a touché de nombreux pays et dont les effets sur leur structure sociale, leur développement économique et humain et la construction de l’État de droit, sont considérables. Au Maroc, environ 700 ingénieurs et 400 médecins en quête de mieux-être, à titre d’exemple, quittent le pays chaque année.

Quelles sont les causes de la fuite des cerveaux ?

Au Maroc comme dans le reste du monde, la fuite des cerveaux est le fruit de plusieurs causes possibles. Beaucoup d’entre elles ne peuvent pas être affectées par l’intervention publique (comme la proximité, les liens historiques, la taille du pays ou la fragmentation) ; d’autres peuvent être contrôlées (comme les indicateurs de politique et l’accumulation de capital humain).

Depuis son indépendance, le Maroc a toujours fourni un effort colossal pour former des cadres hautement qualifiés dans tous les secteurs de la vie. Comme d'autres pays en développement, cette élite est attirée par l'Occident et ses opportunités. Les raisons à ces départs sont multiples : entamer une carrière prometteuse, continuer sa formation, quête d'une meilleure rémunération, ou tout simplement la recherche d'une reconnaissance qu'on n'a pas pu obtenir au pays. D'autres partent tout simplement pour prendre le large vers d'autres horizons « plus indulgents », selon leur dire. Certains espèrent aussi connaître une meilleure qualité de vie, et veulent « garantir » l'avenir de leurs futurs enfants en possédant à long terme la nationalité du pays d'accueil.

Il faut admettre que la révolution technologique a entraîné une croissance rapide d'industries spécifiques dans les pays développés, notamment dans le secteur de la technologie de l'information. Cette tendance a encouragé une demande mondiale croissante pour les travailleurs hautement qualifiés et les nouvelles technologies de communication ont augmenté leur accès au marché du travail mondial. La mondialisation a également changé le modèle des relations dans le domaine du travail, les économies avancées faisant appel à la main-d’œuvre des pays en développement. De même, la diminution de la population et des travailleurs qualifiés, en particulier due au vieillissement de la population, a rendu les pays de plus en plus dépendants de certains secteurs économiques et sociaux. Le Royaume-Uni, par exemple, encourage la migration des infirmières et des médecins originaires des pays en développement. Par ailleurs, le taux de chômage élevé parmi les diplômés des pays en développement a encouragé la migration. De plus, les travailleurs qualifiés ont tendance à émigrer, leur intérêt ou leur affiliation étant davantage porté sur leur environnement scientifique que sur leur employeur ou sur un lieu particulier. Tout cela a donné de l’ampleur au phénomène de la fuite des cerveaux, aussi bien au Maroc qu’ailleurs dans le monde.

La fuite des cerveaux n’est pas sans conséquence sur de nombreux secteurs

La qualité de la formation qui a connu un bond remarquable ces dernières années au Maroc, à un tel point que bon nombre d’entreprises étrangères sont à l’affût des talents dont regorge le pays. Des ingénieurs Big Data, ingénieurs web, architectes système ou encore des ingénieurs consultants… sont même interceptés, dès leur parcours académique achevé. La formation d’élite coûte chère à l'État qui, des années après, s'aperçoit qu'il a formé des ressources humaines de qualité pour lui, mais aussi pour l’Occident, avec le phénomène de la fuite des cerveaux. À titre d’exemple, la formation d’un ingénieur coûte au Maroc environ 2,5 millions de dirhams. Et pourtant, certains font le choix d’aller vers d’autres horizons monnayer leur savoir-faire. Autre exemple, la moitié des 1400 médecins qui se forment annuellement dans les facultés de médecine quittent le Maroc pour s’installer en Europe, plus particulièrement en France, ou au Canada. Cela inclut les dentistes et les pharmaciens. La raison serait que le médecin marocain est demandé en Europe...

Pénurie de personnel qualifié en informatique, turnover important, perte de temps à recruter, à former… Au Maroc, les dommages collatéraux sont nombreux. Pourtant, les besoins des entreprises marocaines augmentent avec la volonté de numérisation de l’administration. Il n’est plus à démontrer aujourd’hui que les effets de la fuite de ces compétences et le non-retour au pays des membres de la diaspora sur l’économie marocaine, et en matière d’innovation et de recherche, sont considérables. Cet exode peut en effet entraîner des coûts considérables pour les pays d'origine : perte de compétences, d'idées et d'innovation, perte d'investissements dans l'éducation et perte de recettes fiscales, et, peut-être plus important encore, perte de services cruciaux dans les secteurs de la santé et de l'éducation.

Le nombre des jeunes diplômés qui quittent le Maroc à la recherche de situations professionnelles et sociales plus avantageuses n’a cessé de progresser. Aujourd’hui la diaspora marocaine est l’une des plus nombreuses ; près de cinq millions d’individus répartis sur plusieurs dizaines de pays. Il appartient aux autorités marocaines de trouver les moyens et les stratégies de retenir au Maroc les compétences afin de les inciter à contribuer au développement national. Autant les gouvernements des pays concernés que les acteurs internationaux ont de plus en plus besoin d'une approche innovante pour faire face au phénomène de la fuite des cerveaux, au taux de migration des travailleurs qualifiés qui ne cesse d'augmenter.