Le secteur informel au Maroc : Un grand défi du gouvernement

Quelle est l’ampleur du secteur informel au Maroc ? Quels avantages et inconvénients présente-t-il ? Le CMC vous apporte tous les éléments de réponse !
Source : cmconjoncture
Posté Le : Jeudi 23 juin 2022

Le secteur informel au Maroc : quel impact sur l'économie ?

Depuis les années 70, le secteur informel au Maroc occupe le champ de l’économie du pays. L'émergence d'une véritable économie moderne au Maroc se trouve hypothéquée par l'économie parallèle du secteur informel. Aujourd’hui, ce dernier pèse encore dans le marché du travail et au niveau de certaines activités productives au pays. Selon le résultat d’une étude publiée par Bank Al-Maghrib en 2021, le secteur informel au Maroc représente environ 30% du PIB.

Économie informelle, économie clandestine, économie souterraine, économie noire… plusieurs termes qualifient l’économie parallèle émanant du secteur informel. Si le secteur informel reste souvent une composante structurelle et durable des économies en développement, quels peuvent être les avantages et inconvénients du secteur informel au Maroc ? Quels sont ses impacts sur l’économie du pays ?

 

Le secteur informel au Maroc : quels avantages ?

Au Maroc ou ailleurs, l’économie informelle est une réalité massive à l'échelle mondiale. Notion polysémique et extensible, le secteur informel est assimilé soit à un secteur en voie d’absorption soit au sous-emploi et au chômage, à des activités marginales ou encore à des activités de petite production dominées et soumises au secteur formel « capitaliste ». Dans le sens commun, il est synonyme de pauvreté, d’activité de rue, d’absence de cadre réglementaire, de lacune dans l’enseignement (information)... Cependant, de nombreux organismes internationaux et pouvoirs publics sont de plus en plus convaincus de certains avantages que peut apporter le secteur informel face à la crise de l’emploi et aux déséquilibres budgétaires des pays.

Le niveau élevé de l’informalité de la production et d’emploi pose des défis majeurs de politique économique. De nombreuses entreprises et travailleurs n'ont pas la capacité d'opérer dans un cadre formel, en conformité avec les dispositifs juridiques, fiscaux et du marché du travail en vigueur. Le secteur informel au Maroc serait donc avant tout leur seule option possible pour participer à la vie économique, plutôt que de rester inactifs sans travail ou complètement exclus de tout type d'activité économique.

Par ailleurs, la contribution du secteur informel au Maroc à l’emploi et au revenu des ménages reste forte aussi bien dans le milieu rural que dans le milieu urbain. Il semble même que les petites activités et travail « au noir » sont devenus une composante durable et structurelle de l’économie urbaine. En outre, elles offrent une échappatoire d’importance aux effets de l’exode rural en absorbant une bonne partie de la main d’ouvre à la recherche d’un emploi. Le secteur informel est alors un pare-chocs ou amortisseur social dans la mesure où il est un pourvoyeur d’emploi et de revenu permettant à une population urbaine notamment défavorisée de survivre.

Les activités informelles constituent en sorte une réponse de la société à des besoins nouveaux. Elles sont aussi des inventions sociales dans un contexte précaire qui amènent les acteurs à diversifier leurs stratégies d’insertion par la pluriactivité, à minimiser les risques par la recherche d’opportunités de revenu et à s’adapter à des catégories sociales à faible pouvoir d’achat. Et en dispensant une formation sur le tas dans des relations paternalistes complexes, le secteur informel constituerait même une réserve de qualification pour le secteur formel « moderne ».

 

 

Les inconvénients liés au secteur informel au Maroc

Nombreux sont ceux qui ne cessent de souligner la forte nuisance des entités opérantes dans le noir, puisqu’elles ne payent ni impôts pour l’État ni couverture sociale pour leurs employés, et pratiquent ainsi, une concurrence déloyale aux entreprises structurées. Bien souvent, les revenus du secteur informel au Maroc ne permettent pas aux travailleurs de faire les déclarations nécessaires, de tenir une comptabilité, et d’adopter le reste des démarches nécessaires à l’exercice d’une activité économique organisée par la loi. Pourtant, il existe des activités informelles qui génèrent d’importants revenus (chiffre d’affaires) avec des travailleurs exercent délibérément.

L’économie informelle crée alors un manque à gagner certain en termes de recettes fiscales et sur le volet des cotisations sociales à l’État, mais aussi un manque de création de valeur pour l’économie marocaine. Les entreprises formelles marocaines concurrencées par celles du secteur informel perdent en rentabilité (chiffre d’affaires) en limitant les investissements, l’innovation, la capacité des acteurs et l’amélioration de la productivité.

Les inconvénients de l’informalité se ressentent également dans la chute des prix et de la qualité des produits et services (contrefaçon, non-respect des normes…). Et bien entendu, l’informel impacte directement sur la qualité de l’emploi qui se caractérise par la précarité, l’instabilité, l’absence d’avantages sociaux et un salaire moyen faible.

 

Le secteur informel au Maroc constitue l’un des grands défis du gouvernement

Certes, l’amélioration des conditions de vie des populations passe inévitablement par leur intégration dans l’économie formelle. Mais il s’agit surtout d’identifier, d’examiner des mesures incitatives, existantes ou à venir, susceptibles d’encourager le passage vers le formel, au moins de compenser le manque à gagner qui pourrait résulter de cette transition pour les populations concernées.

Le secteur informel continue de constituer une grande partie de l’économie nationale malgré les ambitieux programmes gouvernementaux de mise à niveau de l’économie (plan Émergence, Plan Rawaj, Imtiaz, Moussanada…) qui visent à rapprocher le monde de l’informel de celui du formel. Ces dernières années, le gouvernement œuvre à traiter de façon définitive les problématiques économiques liées au secteur informel au Maroc. Entre autres, une attention particulière a été portée récemment sur le statut auto-entrepreneur, utilisé comme instrument permettant des domaines d’activité plus larges. Il est évident qu’un cadre institutionnel réglementaire complexe et contraignant favorise le développement des activités informelles. Les procédures d’obtention du statut seront alors davantage simplifiées, tandis que le plafond des avantages financiers accordés seront augmentés. En parallèle, les personnes qui ne sont pas en mesure de déclarer leurs transactions bénéficieront d’un appui.