CENTRE MAROCAIN DE CONJONCTURE : LA RÉCESSION SERA PLUS FORTE QUE PRÉVUE EN 2020

Le CMC table désormais sur une décroissance de -6,2% pour l’année en cours, soit un scénario beaucoup plus pessimiste que ceux établis par le gouvernement dans le projet de loi de finances rectificative (-5%), à cause notamment d'une loi de finances rectificative jugée timide et à contre-sens.
Source : Le 360
Posté Le : Mardi 8 septembre 2020

En avril dernier, le Centre marocain de conjoncture (CMC), un observatoire indépendant de l’économie marocaine qui fait référence dans le Royaume, pronostiquait une contraction de la croissance nationale de l’ordre de -3,2% en 2020. Le Centre vient de revoir à la baisse cette prévision dans son dernier bulletin mensuel, paru cette semaine.

L’institution conjoncturiste table désormais sur une décroissance de -6,2% pour l’année en cours, soit un scenario beaucoup plus pessimiste que ceux établis par le gouvernement dans le projet de loi de finances rectificative (-5%), par la Banque centrale (-5,2%), la Banque mondiale (-4%) et le Haut-Commissariat au Plan (-5,8%).

Au moins trois éléments ont présidé à la révision à la baisse de la prévision de croissance de l’économie nationale.

Le premier est relatif à l’évolution inquiétante de la situation épidémiologique au niveau mondial, marqués par la flambée de la pandémie aux Amériques, en Inde et l’émergence d’importants clusters dans les autres régions, alors que les hypothèses les plus pessimistes tablaient sur un recul de ce phénomène épidémiologique au court du mois de juillet.

Le deuxième élément est lié à  l’exacerbation de la récession de l’économie mondiale qui a pris de court bon nombre de prévisionnistes et surtout la déprime qui a enfoncé les économies des principaux partenaires du Maroc. «Le taux de croissance mondiale estimé à -3% en avril se trouve aujourd’hui foncièrement rétracté de 2 points soit à un niveau de -5%», estiment les analystes du CMC. Le commerce mondial chuterait, lui, de 11% en 2020.

Le troisième enfin, est liée à la loi de finances rectificative 2020 (LFR). Les économistes du CMC ne sont pas tendres avec ce budget rectificatif, élaboré et voté en un temps record au cours du mois de juillet dernier. Ils jugent en effet que l’orientation budgétaire prise par la LFR, à savoir le maintien d’un certain équilibre des finances publiques, va «à contre-sens» des besoins de l’économie nationale qui vit la pire récession de son histoire.

Une loi de finances rectificative «timide» et à contre-sens

«En de similaires fortes récessions, la politique budgétaire devrait être ponctuellement audacieuse pour réparer en partie les dégâts causés par la pandémie du corona virus au tissu économique national et apporter un fort appui à la demande finale qui souffre péniblement», estiment les analystes du CMC. Ces derniers déplorent que le gouvernement ait cherché à préserver les «sacrosaints» équilibre des finances publiques, alors même que «la majorité des états de la planète ont dérogé aux règles de prudence budgétaire en matière de déficit et d’endettement de manière ponctuelle», pour protéger les emplois et revenus des travailleurs et pour soutenir les entreprises en difficulté.

Le CMC rappelle à ce titre qu’en dehors des actions d’investissement programmées dans le cadre du «Fonds spécial pour la gestion de la pandémie du coronavirus», financé à plus de 60% par les contributions bénévoles des institutions, entreprises et personnes physiques, les engagements initiaux prévus par la loi de finances 2020 ont été révisés à la baisse.

Dans un tel contexte, le gouvernement aurait été mieux inspiré de mettre en place une politique budgétaire plus agressive, associée à un engagement de grande ampleur par le lancement de chantiers d’envergure à travers le budget. En outre, l’austérité programmée des dépenses ministérielles va avoir pour conséquence une baisse de la commande publique qui ne jouera pas son rôle de levier auprès du secteur productif.

Le CMC reconnaît pourtant que la situation relative aux ressources est «particulièrement désastreuse». Les recettes du budget général (hors recettes d’emprunts) ont en effet connu une diminution de 44,7 milliards de dirhams soit environ  -17,4% par rapport à ce qui était prévu. Cependant, affirme-t-il, en dépit de la pression exercée par la crise sur les marchés financiers, des marges de manœuvres pour l’économie nationale existent et restent explorer sans mettre les équilibres financiers en danger.

Et de conclure, sans ambages: «l’Etat, à travers ce projet de loi de finances rectificative, s’est délesté du rôle économique qui lui est dévolu en pareille récession».

Et pour 2021, les analystes du CMC s’attendent à un taux de croissance du PIB en termes réels de 5,5%. Une performance de bon augure? Pas vraiment, estiment-ils, ce résultat ne constitue en réalité qu’un simple «relèvement des activités permettant pour certaines de retrouver le palier du potentiel de croissance de 2019».  Pour 2022, le CMC projette un taux de croissance de 4,1%.