Inégalités, l’autre frein à la croissance

L’Essoufflement de la croissance au Maroc n’est pas sans lien avec les inégalités de revenus. Le Centre Marocain de Conjoncture revient sur ce thème qui fait débat depuis quelques années et qui remet en cause la théorie du «ruissellement», selon laquelle l’enrichissement des plus aisés est in fine bénéfique aux ménages les plus modestes.
Source : L’Économiste
Posté Le : Mercredi 30 mai 2018

En revanche, les arguments selon lesquels les inégalités peuvent être nocives pour la croissance ont tendance à être plus audibles. Dans une étude de 2014, l’OCDE explique que «le principal facteur qui détermine l’incidence des inégalités sur la croissance est le fossé qui sépare les ménages les plus modestes du reste de la population.

L’effet négatif à cet égard ne se vérifie pas seulement pour le premier décile, au bas de l’échelle de distribution du revenu, mais pour les quatre premiers déciles. La conclusion qui s’impose est que le tout n’est pas de lutter contre la pauvreté, il faut encore prendre des mesures visant les revenus modestes dans leur ensemble».

Malgré les résultats positifs enregistrés dans le domaine de la lutte contre la pauvreté, les inégalités restent élevées.

Entre 2000 et 2016, le revenu par tête est passé de 14.380 DH à 31.229 DH en terme courant (+ 4,9% par an). Cette évolution ne s’est pas accompagnée d’un changement dans la répartition des richesses: 62% du revenu national créé est distribué sous forme d’excédent brut d’exploitation, 36% sous forme de salaires et 2% est collecté sous forme d’impôts. «L’écart entre les détenteurs de capital et les salariés est de 26 points», souligne le Centre Marocain de Conjoncture.

S’appuyant sur les récents travaux du Haut Commissariat au Plan, le CMC affirme que le ratio entre le niveau de vie des 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres est passé de 12,5 fois en 2007 à 11,8 fois en 2014.

L’enquête révèle aussi que la moitié de la population aisée réalise 75,8% des dépenses totales, soit 3,1 fois plus que la moitié des ménages les moins aisés. La part de ces ménages dans la dépense totale a atteint 24,2% en 2014 contre 23,4% en 2001, soit 0,8 point de plus sur plus d’une décennie!

En dépit des réformes et des stratégies sectorielles, la croissance au Maroc reste faiblement inclusive. A titre d’exemple, le taux de chômage est important en particulier parmi les jeunes et les femmes et les emplois que la croissance génère sont le plus souvent précaires. «Une large frange de la population est exposée au risque de pauvreté occasionnant ainsi la montée des inégalités», souligne le CMC.

Le phénomène est aggravé par l’existence dans l’économie de deux secteurs: l’un moderne structuré et l’autre traditionnel, informel et mal contrôlé. Ce qui accroît les inégalités non seulement entre les personnes mais également entre les régions et les localités en matière de santé, d’éducation…etc. De même la diversité des situations existantes rendrait difficile les mesures susceptibles de changer la structure des revenus et de réduire les inégalités.

 

«Une telle situation ne permet pas d’éradiquer la pauvreté au Maroc d’ici 2030 comme le stipulent les Objectifs du Millénaire pour le Développement de l’Organisation des Nations Unies même si des progrès non négligeables ont été réalisés jusqu’à présent», soutiennent les experts du Centre. 

Le Centre marocain de conjoncture estime nécessaire une politique qui dynamise durablement la croissance et instaure les conditions plus égalitaires de sa répartition. Elle doit être centrée sur la réforme du système éducatif, la gouvernance des entreprises et l’amélioration des conditions de vie à travers une stratégie qui remédie aux inégalités des revenus.