TROP OPTIMISTE ? LOI DES FINANCES RECTIFICATIVE

À mesure que la reprise prend du temps à advenir, il semble de plus en plus évident que le Maroc ne peut pas se contenter d’un plan de relance économique à minima, au risque de se condamner.
Source : Maroc-hebdo
Posté Le : Jeudi 17 septembre 2020

L’hypothèse d’une récession de 5% retenue dans la loi des finances rectificative est-elle trop optimiste? Car au vu de la conjoncture qui semble loin de se rétablir tant que le plus grand nombre ne s’est pas vu vacciner contre la Covid-19, le Maroc semble, de fait, condamné à ce que son produit intérieur brut (PIB) se contracte au-delà de ce seuil.

D’ailleurs, le ministre de l’Économie et des Finances, Mohamed Benchaâboun, au moment d’aborder pour la première fois le 19 mai 2020 à la Chambre des conseillers les perspectives de croissance de l’économie nationale pour 2020, parlait de -5% comme étant un minimum et inscrivait plutôt cette croissance dans un intervalle pouvant atteindre -7%. À se demander pourquoi, a posteriori, la loi des finances rectificative s’est par conséquent basée sur le premier chiffre et non, comme le voudrait le bon sens, le deuxième.

Même le Centre marocain de conjoncture (CMC), qui tablait encore dans les premiers jours de l’état d’urgence sanitaire sur un taux de +3,2%, a ramené, dans l’ultime numéro de sa publication Maroc Conjoncture parue le 2 septembre, ses prédictions à -6,2%. M. Benchaâboun et, avec lui, le gouvernement ont-ils voulu mettre le moins de moyens dans la balance et continuer, par là même, de se plier au diktat des institutions financières internationales, Fonds monétaire international (FMI) en tête? La chose semble de plus en plus évidente à mesure que la reprise prend du temps à advenir, du fait des dispositions de l’état d’urgence sanitaire qui continue de s’appliquer sinon sur l’ensemble du territoire, du moins dans ses principaux centres économiques et surtout dans le premier d’entre eux qu’est le Grand Casablanca -en proie à un confinement partiel depuis ce 7 septembre.

Une politique “plus audacieuse”

De fait, une loi des finances rectificative plus catastrophiste aurait commandé un effort financier plus grand de la part du gouvernement, ce que ce dernier n’a jamais donné l’impression de vouloir consentir. D’ailleurs, le fait que le roi Mohammed VI l’ait, dans son discours du Trône du 29 juillet, convié à injecter davantage de liquidités -120 milliards de dirhams- dans l’économie en dit long sur une frilosité indisposant à l’évidence jusqu’en haut lieu.

Le CMC, toujours dans sa publication susmentionnée, a ainsi incité le gouvernement à adopter une politique budgétaire “plus audacieuse”, de sorte à ne plus être limité par la contrainte de -7% de déficit public posée dans la loi des finances rectificative. “En dépit de la pression exercée par la crise sur les marchés financiers, des marges de manoeuvre pour l’économie nationale existent et restent à explorer sans mettre les équilibres financiers en danger,” croit savoir le centre. Mais le gouvernement voudra-t-il seulement l’entendre de cette oreille?.